Le loup dans le panier à salade
L'entretien avec Virginie Piatti
autrice, août 2015
Tu écris beaucoup de contes, pourquoi revisiter celui du Petit Chaperon Rouge ?
J’ai toujours beaucoup aimé les contes classiques. J’ai été élevée avec eux. Ce sont des histoires que l’on me racontait, enfant. Celui du Petit Chaperon rouge m’inspire. J’en aime ses couleurs très contrastées et son côté grinçant... Mais j’avais envie d’en faire un conte moderne et actuel, un peu décalé et surtout qu’il n’y ait pas un personnage qui prenne le dessus sur l’autre. Finalement, cette petite fille en rouge pourrait être n’importe quelle petite fille et ce loup, n’importe quel loup. Mais le clin d’œil est bel et bien là. On retrouve d’ailleurs les mêmes protagonistes que dans le célèbre conte : La grand-mère, la petite fille, le loup, le chasseur/ grand-père... Et les illustrations rafraîchissantes et pleines d’humour de Julien Billaudeau y apportent encore une autre lecture. Les enfants demandent souvent si les loups existent. Dans les croyances populaires, ils fascinent et terrifient. Evidemment qu’ils existent ! Mais, pour les rassurer on les laisse loin, très loin dans les forêts... Alors, j’ai juste décidé de rétrécir le loup pour le rendre moins inquiétant et de le faire entrer dans nos maisons de façon amusante.
Comment t’est venue l’idée d’un loup dans un panier à salade ?
Assez simplement... J’avais envie d’écrire un texte loufoque, mais vraiment très loufoque pour changer. Je me suis installée à mon bureau et l’idée de ce dialogue entre la grand-mère et sa petite fille a surgi et je me suis régalée à poser rapidement le premier jet de ce texte. Quand mon fils est rentré de l’école, je le lui ai lu et il a tout de suite accroché. Les jours qui ont suivi, il ne cessait de reprendre le dialogue qu’il avait mémorisé comme une petite pièce de théâtre... Je me suis alors dit qu’il y avait quelque chose d’intéressant à creuser.
Pourquoi un panier à salade et pas une marmite par exemple ?
La marmite, c’est un classique. Alors que le panier à salade... Il se trouve que c’est également le nom que l’on donnait aux fourgons de police au XIXe Siècle qui transportait les prisonniers en les secouant copieusement. J’aime bien le parallèle avec l’essoreuse à salade. C’est une drôle d’idée de vouloir faire manger le loup en salade.
L’expression « avoir une faim de loup » t’a-t-elle inspirée ?
J’avoue... Pauvre bête ! Mais dans les histoires, on peut se laisser aller à raconter plein de bêtises, plein de belles choses ou plein de choses sensées... selon les jours. L’imagination réserve bien des surprises !
« Avoir une faim de loup », c’est une expression que j’aime beaucoup. Je l’ai placée à plusieurs reprises dans mon texte. Elle collait parfaitement à l’ambiance et donnait une petite note d’humour, suivant que ce soit le grand-père ou Maman louve qui la prononce.
Cette histoire parle autant aux petits qu’aux grands. Elle aborde des sujets aussi divers que la différence, l’amitié, les liens générationnels... Quel message as-tu voulu faire passer au juste ?
J’avais tout d’abord envie de dédramatiser la peur du loup. Ici, le loup est minuscule. On ne peut donc pas en avoir peur. On est même inquiet pour lui au début. On le trouve sympathique. On se rend aussi compte au fil de l’histoire que chez la famille loups c’est pareil, on raconte aux petits loups que les petites filles ne viennent pas dans les forêts. On préfère laisser très loin de chez nous ce que l’on ne connaît pas. C’est rassurant. Je ne sais pas si ça parle d’amitié, je dirai plus de malice. Il y a un lien entre le loup et la petite fille, c’est sûr, mais c’est à celui qui gagnera... Un genre de compétition entre eux, comme les enfants les aiment.
Ensuite oui, il y a ce lien intergénérationnel que j’évoque, celui de la petite fille et de ses grands-parents par exemple. La grand-mère qui tricote et cette conversation un peu décousue. On a toujours des milliers de questions à poser à ses aînés qui ont connu tant de choses et qui ont tant de choses à nous transmettre.
Est-ce plus difficile d’écrire pour un livre-CD que pour un album seul ?
C’est la première fois que je travaille sur un livre CD. Je n’ai pas écrit différemment que pour un texte d’album mais il y avait ces dialogues croustillants à mettre en avant. Je me suis dit que le texte prendrait tout son sens s’il pouvait être conté. J’ai donc rapidement pensé à le proposer aux Éditions benjamins media avec qui j’avais envie de travailler depuis un petit moment. Le texte les a amusés mais il était encore perfectible. On en a discuté avec Rudy Martel, ce qui m’a amené à rajouter le passage du loup dans sa propre maison qui recevait la visite impromptue de la petite fille, comme un jeu de miroir avec le début de l’histoire. Après, c’est réellement benjamins media et les comédiens qui en ont fait un vrai livre CD avec tout le travail sonore autour de l’histoire. Les voix, les sons, les musiques... Je me suis juste laissée guider.
Es-tu gourmande ?
Je suis très gourmande ! Mais je n’ai encore jamais mangé de loup en salade... Que tous les petits loups qui écouteront l’histoire se rassurent !
L'entretien avec Julien Billaudeau
illustrateur, septembre 2015
Pourquoi n’as-tu pas mis de chaperon rouge à la petite fille?
C’est la deuxième fois que tu travailles avec benjamins media. La première fois, c’était avec le Monstre mangeur de prénoms en 2008 ! Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Quand j’ai dessiné les illustrations du Monstre mangeur de prénoms j’étais encore étudiant, c’était mon premier livre. Depuis j’en ai dessiné d’autres, l’illustration est devenue mon métier et aussi je suis devenu papa. Mais je crois que tout ça n’a pas véritablement changé ma manière d’aborder chaque livre. Je commence toujours avec un regard neuf. Je n’ai pas de recette que j’applique à chaque fois et chaque projet est l’occasion de me questionner à nouveau sur ma manière de dessiner et de raconter une histoire. Ainsi, je ne m’ennuie jamais !
T’es-tu inspiré de l’imaginaire de Charles Perrault pour dessiner ce Petit Chaperon rouge revisité par Virginie Piatti ?
Non, je suis vraiment parti de l’histoire écrite par Virginie Piatti. J’ai d’abord lu et relu son texte de nombreuses fois pour bien en saisir les subtilités, les clins d’œil, la structure aussi. Et ensuite j’ai réfléchi à l’univers graphique que je voulais apporter à l’histoire. Parce que justement ce n’est pas l’histoire du petit chaperon rouge, mais plutôt celle de la rencontre entre deux petits êtres curieux : un petit loup et une petite fille habillée de rouge. Il y a des références à l’histoire originale de Charles Perrault, mais celle-ci n’est qu’un point de départ.
L’histoire joue sur les différences mais aussi sur les jeux de miroirs entre la famille du loup et celle de la petite fille. Comment as-tu fait transparaître ces parallélismes ?
J’ai bien aimé cette approche, il y a des parallèles dans l’histoire, et même dans la structure du récit, que j’ai voulu mettre en valeur par mes images. C’est par exemple le cas sur les pages où le loup et la petite fille se font tour à tour attraper et qu’ils imaginent le sort qui leur est réservé.
Tu illustres beaucoup d’albums jeunesse mais celui-ci est pour des enfants à partir de 2 ans. Est-ce plus difficile de dessiner pour des albums destinés à des tout-petits ? Le travail est-il le même ?
Oui, c’est la première fois que je m’adresse à d’aussi jeunes enfants. Cela m’a demandé un petit temps d’adaptation pour trouver mon écriture : plus douce, des formes simplifiées pour aller à l’essentiel... Mais l’utilisation de la gamme de couleur réduite et le jeu avec les superpositions des couches de couleurs, ce sont des partis pris graphiques que j’ai déjà utilisés plusieurs fois.
Tes images ne sont pas les seules à illustrer le texte du Loup dans le panier à salade , il y a aussi une mise en scène sonore, cela complique-t-il le travail ? Cela a-t-il une influence sur les dessins ?
J’ai commencé à illustrer le texte sans avoir entendu la mise en forme sonore, elle n’a donc pas eu d’influence au début de mon travail. Par la suite, j’ai juste adapté quelques images pour qu’elles correspondent davantage à certaines ambiances sonores.
Pourquoi ce choix de couleurs «pâles» ?
C’est une gamme chromatique que j’aime bien : des couleurs douces qui peuvent se superposer les unes aux autres et créer des effets de transparence et de surimpressions.
Quelle est ta salade préférée ?
Je les aime toutes, mais en vinaigrette !
L'entretien avec Christel Touret
comédienne, septembre 2015
Ce n’est pas la première fois que tu passes dans nos studios ; tu as déjà joué, notamment, dans Le monstre mangeur de prénoms.
Cette nouvelle expérience a-t-elle été différente ?
D’abord, parce que l’histoire que je raconte est différente, son univers surtout. Ici, l’univers est un mélange de quotidien et d’imaginaire loufoque des tout-petits. Ensuite, parce qu’au moment où j’enregistre ma vie est différente. Quand j’ai enregistré Le monstre mangeur de prénoms, j’étais comédienne au Théâtre des Treize vents. J’étais enceinte de mon fils, Alfred. Quand j’ai enregistré Lunon chamboule tout, je lui chantais des berçeuses comme la Lune à son Lunon. Maintenant, au moment où j’enregistre Le loup dans le panier à salade, je suis sophrologue et Alfred interprète la voix de p’tit loup. Alors oui, c’est une expérience nouvelle !
Tu es comédienne. Quelle différence y a-t-il entre jouer sur scène et jouer dans un studio d’enregistrement ?
Le studio est pour moi une expérience intime. Je parle aux auditeurs, aux enfants, un peu comme si je leur racontais un secret au creux de l’oreille. Quand je suis sur scène, je déploie une énergie qui s’adresse à 500 personnes parfois!
Ton expérience de sophrologue a-t-elle une influence sur ta manière de jouer ?
Oui, je me sens plus stable, plus posée, plus ancrée dans mon corps quand je joue et en même temps je continue de m’amuser. J’ai l’impression de me laisser plus porter par mon inspiration du moment.
La voix du grand père, celle de la grand-mère... pas trop dur de jongler entre les intonations aigues et graves?
Je ne pense pas intonations mais personnages. Je retrouve la voix de chaque personnage en retrouvant la manière qu’il a de bouger son corps. Par exemple , j’imagine que je deviens une grand mère aux yeux malicieux cachés derrière ses lunettes, qui tricote avec énergie. Ma voix se place alors d’elle-même. C’est venu un peu tout seul. En faisant des essais, en écoutant...
Que retiens-tu de cette histoire de Loup dans le panier à salade?
Une histoire à la fois rassurante et folle dingue voire effrayante. Une histoire faite à la fois de désirs, de pulsions, de tendresse et d’amour.