Nonos et Chacha
L'entretien de Johan Leynaud

Vous venez du film d'animation, où vos personnages bougent, respirent, existent en mouvement. Dans un album, tout est figé. Comment fait-on "vivre" un personnage en une seule image ? Qu'est-ce que l'animation vous a appris dans votre métier d’illustrateur ?
Disons que je viens plutôt de l’audiovisuel, et dans ma première vie, j’ai aussi fait de l’animation. Je trouve l’animation passionnante. En animation, il y a le concept de poses « clés » : il s’agit des poses les plus importantes pour comprendre le mouvement et la personnalité d’un personnage dans une séquence animée. Mais on peut aussi retrouvé un peu cette idée chez certains photographes qui arrivent à saisir une posture particulièrement évocatrice d’une personne dans un situation, ou alors dans l’art du mime. De me côté, je me demande comment je vivrais telle ou telle situation, si j’étais tel ou tel personnage. Et à partir de là, je cherche en dessin, et je sélectionne la posture qui me semble la plus parlante, l’expression la plus « vivante ».
Et ce que j’aime bien dans un album, c’est qu’on a plusieurs pages pour faire vivre nos personnages !
Nonos et Chacha, c'est votre premier album chez benjamins media, et donc votre première fois avec un livre qui s'écoute autant qu'il se regarde. Est-ce que ça a changé quelque chose dans votre manière d'illustrer, ou avez-vous travaillé comme d'habitude en laissant le son venir se poser ensuite ?
Je suis très heureux de participer à un album sonore. Ça n’a pas vraiment changer ma manière d’illustrer, mais je trouve super qu’une histoire puisse se développer dans différents espaces de créations. Cela permet de partager l’histoire de manières différentes.
Avec quelles techniques d’illustrations travaillez-vous le plus ? Laquelle avez-vous utilisé pour Nonos et Chacha ?
Je travaille sur papier et sur ordinateur. J’adore utiliser le crayon et tracer, chercher, tester toutes mes d’idées sur le papier. Et ensuite, j’aime pouvoir affiner précisément toutes mes couleurs et bien harmoniser l’entièreté de l’album.
D’habitude, je travaille avec une tablette branchée à mon ordinateur. Pour la première fois, j’ai travaillé sur une plus petite tablette portative et un logiciel adapté à celle-ci.
Comment avez-vous construit la palette de couleur de l'album ? Est-ce qu'il y a des couleurs "attribuées" aux personnages, des couleurs qui racontent l'humeur d'une scène ?
Oui, en effet, il y a des couleurs attribuées aux personnages. Le bleu, le rose, le jaune, entre leur peau et leurs vêtements, je voulais que Nonos et Chacha aient les même couleurs, mais dans des combinaisons différentes. Car Nonos et Chacha ont plein de points en commun, c’est juste qu’il ne le savent pas ! Et je voulais aussi qu’il y ait beaucoup de contraste entre eux : c’est pour ça que Nonos est jaune et que Chacha est bleu.
Nonos et Chacha ont plein de points communs, et, finalement, c’est peut-être Cuicui qui est le plus différent. C’est le seul à ne pas avoir vraiment la même combinaison de couleurs. Et je lui ai attribué une peau violette pour bien aller avec les fonds colorés, mais aussi pour moins ressortir, notamment lors des dernières pages de l’album.
Je voulais qu’on voit surtout Nonos et Chacha, car ce sont eux les personnages principaux du livre. Cuicui est important, mais un peu en retrait : Cuicui est le lien. Globalement, il apparaît moins au premier plan mais il est quand même bien présent. Et surtout bien présent en couleurs !
Car oui, les couleurs des fonds racontent des humeurs : ce sont les humeurs de Cuicui !
En feuilletant l'album, on a souvent l'impression d'être au théâtre : les personnages entrent, sortent, claquent les portes, et les arrière-plans ressemblent dans l’idée à des décors de théâtre. Comment avez-vous pensé cet espace où tout se joue ?
Je voulais qu’il y ait un fort contraste entre le décor et les personnages, pour que notre attention soit très fortement dirigée vers les différents protagonistes et leurs expressions. Mais je voulais qu’il y ait aussi de la vie dans ce décor. Les personnages ont des formes plus « léchées », plus lisses ; ils sont vivants par leur postures et par leur expressions.
Et pour le décor, j’ai choisi une approche plus immédiate, plus « signifiée », un trait plus « enlevé », pour qu’on y sente aussi la vie.
Je ne l’avais pas pensé comme ça, mais c’est vrai qu’il y a quelque chose de théâtral. Et, comme dans le théâtre, le décor est un support à l’action, et à la vie des personnages. Pour moi, c’était surtout la vie des personnages qui était importante. Surtout dans cet album, surtout dans une histoire d’amitié !